Fiscalité à Hong Kong : ce que paie une société et un dirigeant

La fiscalité à Hong Kong repose sur un principe simple à énoncer mais exigeant à appliquer : la territorialité. Seuls les bénéfices de source hongkongaise sont imposables, et les taux comptent parmi les plus bas des grandes places financières. Cela n’en fait pas un « 0 % automatique » : l’exonération des revenus étrangers se demande, se documente et, depuis 2023, se mérite par la substance. Cet article détaille ce que paie réellement une société, puis un dirigeant, sans raccourci.

Vue du quartier financier illustrant la fiscalité à Hong Kong pour sociétés et dirigeants

Le régime fiscal territorial, fondement de la fiscalité à Hong Kong

Le cœur du système tient en une phrase : un revenu n’est imposable que s’il prend sa source à Hong Kong. La résidence du contribuable, sa nationalité ou son domicile n’entrent pas en ligne de compte pour déterminer l’assujettissement de droit interne. Une société immatriculée au Companies Registry mais dont les profits naissent d’opérations conduites entièrement à l’étranger peut donc, en théorie, échapper à la profits tax locale.

En théorie seulement. Ces bénéfices de source étrangère, dits offshore, ne sont pas exonérés d’office. Il faut déposer une demande de statut offshore, l’offshore profits claim, auprès de l’Inland Revenue Department (IRD). L’administration examine alors les contrats, les lieux de négociation, l’endroit où les décisions sont prises et où les prestations sont rendues. Tant que cette demande n’est pas accordée, le revenu reste présumé imposable. C’est une procédure documentée, parfois longue, jamais acquise par simple déclaration. Pour comprendre quel véhicule se prête le mieux à cette logique, il est utile de regarder les différents types de sociétés à Hong Kong avant de choisir une structure, car le statut fiscal suit la forme et l’activité réelle.

L’impôt sur les sociétés : un taux à deux paliers

La profits tax frappe les entreprises constituées en société selon un barème à deux étages. Les 2 premiers millions de HKD de bénéfices imposables sont taxés à 8,25 %. Au-delà de ce seuil, le taux passe à 16,5 %. Pour les entreprises non constituées en société, les paliers correspondants sont de 7,5 % puis 15 %. Une seule entité par groupe peut bénéficier du taux réduit sur la première tranche.

Comparé aux 25 % de l’impôt sur les sociétés français, l’écart est net. Mais le chiffre brut ne dit pas tout. L’année fiscale court du 1er avril au 31 mars, indépendamment de la date de clôture comptable de l’entreprise. La déclaration de profits tax se dépose jusqu’au 16 août en règle générale, et le paiement s’organise autour d’un mécanisme de provision : dès la deuxième année, la société règle l’impôt dû au titre de l’exercice écoulé augmenté d’une avance pour l’exercice suivant. Concrètement, il faut disposer de la trésorerie pour acquitter près de deux années d’impôt, échelonnées à 75 % puis 25 %. Ce point de vigilance surprend souvent les dirigeants venus d’un système à prélèvement contemporain.

Exonération des dividendes, plus-values et absence de TVA

Plusieurs charges classiques en Europe n’existent tout simplement pas ici. Il n’y a pas de TVA ni de taxe générale sur la consommation : les biens vendus sur le territoire ne supportent pas d’imposition indirecte de ce type. Il n’y a pas non plus de taxe sur les plus-values, qu’elles soient mobilières ou immobilières. L’absence de retenue à la source sur les dividendes et les intérêts versés aux non-résidents complète ce tableau, tout comme l’absence de droits de succession.

L’exonération des dividendes mérite une précision. Les dividendes reçus ne sont pas imposés à Hong Kong et ne subissent aucune retenue à la sortie, ce qui rend la juridiction intéressante pour loger une holding. Côté plus-values, un gain de cession ne déclenche en principe aucune taxe locale. Ces avantages fiscaux sont réels, mais ils s’apprécient toujours au regard de la situation du bénéficiaire final dans son pays de résidence, où ces mêmes flux peuvent redevenir imposables.

Documents fiscaux et déclaration de profits tax posés sur un bureau

Le régime FSIE : les revenus passifs étrangers sous condition de substance

Depuis le 1er janvier 2023, et après un élargissement entré en vigueur le 1er janvier 2024, le régime FSIE (foreign-sourced income exemption) a resserré les règles. Certains revenus passifs de source étrangère — intérêts, dividendes, revenus de propriété intellectuelle, plus-values de cession — reçus à Hong Kong par une entité appartenant à un groupe multinational deviennent imposables, sauf si cette entité satisfait à des exigences de substance économique, et selon les cas à des critères de nexus ou de participation.

Autrement dit, l’exonération offshore se gagne désormais par la substance : locaux, salariés, décisions prises sur place, charges réelles. Une coquille sans activité tangible qui se contenterait de faire transiter des revenus passifs ne bénéficie plus du régime favorable. Cette réforme n’est pas anecdotique : c’est elle qui a permis à Hong Kong d’être retirée de la liste grise de l’Union européenne le 20 février 2024. La juridiction est aujourd’hui considérée comme coopérative et conforme, et non comme un paradis fiscal listé. Pour l’imposition des sociétés offshore, le message est limpide : structure réelle ou imposition.

Déclaration fiscale, audit annuel et conformité

La simplicité administrative est souvent vantée, et elle est réelle : peu de déductions, peu de crédits d’impôt, des règles lisibles et bien documentées sur les sites officiels. Cette simplicité ne signifie pas absence d’obligations. Toute société du type le plus courant doit faire auditer ses comptes par un auditeur agréé, quelle que soit sa taille et même si ses revenus sont qualifiés d’offshore. L’audit annuel obligatoire accompagne le dépôt de la profits tax return.

À ces obligations fiscales s’ajoutent les formalités sociétaires : l’annual return (NAR1) déposé au Companies Registry et le renouvellement du Business Registration. La conformité fiscale passe aussi par la traçabilité des opérations intra-groupe, sur lesquelles les auditeurs se montrent attentifs, prix de transfert et justificatifs à l’appui. C’est aussi à ce stade que l’on apprécie l’importance d’une bonne organisation bancaire : disposer d’un dossier propre pour ouvrir un compte bancaire à Hong Kong facilite ensuite la documentation des flux exigée tant par l’IRD que par les banques. Hong Kong applique par ailleurs les standards d’échange automatique d’informations, CRS de l’OCDE et FATCA, ce qui signifie que les autorités étrangères, dont l’administration française, peuvent recevoir des données sur les comptes et les structures.

Conventions fiscales et élimination de la double imposition

Hong Kong a signé un réseau de conventions de non double imposition avec une quarantaine de juridictions. Ces accords répartissent le droit d’imposer entre les deux États signataires et organisent l’élimination des doubles impositions, le plus souvent par voie de crédit d’impôt. Pour les revenus d’emploi rendus hors de Hong Kong et déjà imposés ailleurs, un mécanisme d’exonération ou de crédit d’impôt limite la charge globale.

Ces conventions fiscales remplissent une seconde fonction, parfois moins commentée : l’échange de renseignements. Signer un accord, c’est aussi s’engager à coopérer. La présence d’une convention ne transforme donc pas Hong Kong en zone d’opacité ; elle encadre au contraire la circulation de l’information entre administrations. C’est précisément cet équilibre — taux d’imposition compétitifs d’un côté, transparence de l’autre — qui distingue la place d’un offshore opaque. Un projet de société offshore Hong Kong bien conçu intègre cette dimension dès le départ plutôt que de la subir après coup.

Impôt des personnes physiques et situation du résident fiscal français

Pour les particuliers, il n’existe pas d’impôt unique sur le revenu global. Trois impôts distincts coexistent : la profits tax sur les bénéfices d’activité, la property tax sur les revenus locatifs, et la salaries tax sur les revenus d’emploi. Cette dernière suit un barème progressif allant de 2 % à 17 % par tranches de revenu net imposable, mais le montant dû est plafonné au taux standard de 15 % calculé sur le revenu après déductions et sans abattements personnels. Depuis l’exercice 2024/25, ce taux standard s’applique sur deux étages, 15 % sur les premiers 5 millions de HKD puis 16 % au-delà. Là encore, la territorialité prime : seuls les revenus d’emploi de source hongkongaise sont visés, et un non-résident travaillant hors du territoire n’est pas imposé localement sur ces revenus. Hong Kong ne pratique pas le prélèvement à la source et n’impose ni les plus-values des particuliers ni les successions.

Ce barème léger ne doit pas masquer l’essentiel pour un entrepreneur resté domicilié en France. Un résident fiscal français demeure imposable en France sur ses revenus mondiaux et reste tenu d’un faisceau d’obligations. Il doit déclarer ses comptes détenus à l’étranger via le formulaire 3916 et signaler la structure. Plusieurs dispositifs anti-abus peuvent s’appliquer : les règles sur les sociétés étrangères contrôlées (CFC, article 209 B du CGI), la notion d’établissement stable lorsque l’activité est en réalité dirigée depuis la France, et la procédure d’abus de droit. La convention fiscale France–Hong Kong, signée le 21 octobre 2010 et en vigueur depuis le 1er décembre 2011, élimine les doubles impositions et prévoit l’échange de renseignements, mais elle n’efface pas ces obligations. La formule à retenir tient en quelques mots : 0 % à Hong Kong ne signifie pas 0 % pour le résident français. La fiscalité des expatriés réellement installés sur place et celle d’un dirigeant qui pilote sa société depuis l’Hexagone n’ont rien de comparable, et confondre les deux expose à un redressement.

ImpôtHong KongFrance
Impôt sur les sociétés8,25 % puis 16,5 % (territorial)25 %
TVA / GSTAucune20 % (taux normal)
Plus-valuesAucune impositionImposition (selon régime)
Dividendes (retenue à la source sortante)AucuneRetenue applicable
Droits de successionAucunBarème progressif
Impôt sur le revenu (salaries tax)2 % à 17 %, plafond standard 15 %Barème progressif jusqu’à 45 %

Questions fréquentes

Quels sont les principaux impôts à Hong Kong pour les particuliers et les entreprises ?

Les entreprises acquittent la profits tax sur leurs bénéfices de source hongkongaise, à 8,25 % sur les 2 premiers millions de HKD puis 16,5 % au-delà. Les particuliers relèvent de trois impôts distincts : profits tax sur les activités, property tax sur les loyers et salaries tax sur les revenus d’emploi. Il n’existe ni TVA, ni taxe sur les plus-values, ni droits de succession.

Quels sont les taux d’imposition applicables à Hong Kong ?

Pour les sociétés, le taux est de 8,25 % jusqu’à 2 millions de HKD de bénéfices, puis 16,5 %. Pour les revenus d’emploi, la salaries tax progresse de 2 % à 17 % par tranches, avec un plafond au taux standard de 15 % (appliqué sur deux étages, 15 % puis 16 % au-delà de 5 millions de HKD depuis 2024/25). Aucune retenue à la source ne frappe les dividendes et intérêts versés aux non-résidents.

Existe-t-il des conventions fiscales pour éviter la double imposition ?

Oui. Hong Kong a conclu des conventions de non double imposition avec une quarantaine de juridictions, qui répartissent le droit d’imposer et éliminent la double imposition, souvent par crédit d’impôt. La convention France–Hong Kong, signée le 21 octobre 2010, est en vigueur depuis le 1er décembre 2011 et prévoit aussi l’échange de renseignements entre les deux administrations.

Quels sont les avantages fiscaux spécifiques à Hong Kong ?

Le régime territorial n’impose que les bénéfices de source hongkongaise ; les profits de source étrangère peuvent être exonérés via une demande de statut offshore examinée par l’IRD. S’ajoutent l’absence de TVA, l’absence d’impôt sur les plus-values, l’exonération des dividendes et l’absence de droits de succession. Depuis 2023, le régime FSIE conditionne toutefois l’exonération de certains revenus passifs étrangers à une substance économique réelle.

La fiscalité hongkongaise est-elle vraiment favorable pour un résident fiscal français ?

Sur place, les taux sont bas. Mais un résident fiscal français reste imposable en France sur ses revenus mondiaux et doit déclarer ses comptes (formulaire 3916) et sa structure. Les règles CFC (article 209 B du CGI), l’établissement stable et l’abus de droit peuvent s’appliquer si la société est en réalité dirigée depuis la France. Un taux nul à Hong Kong ne se traduit donc pas par un taux nul pour le résident français.

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